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18 janvier 2007 4 18 /01 /janvier /2007 20:49

Envoyé par Jean-claude Landouard:

Et l'on s'en doute,immédiatement relayé:

Gaston Chaissac : «Je suis un Picasso en sabots»

Par Véronique Prat - Publié le 12 janvier 2007

Longtemps, on a vu en lui un bricoleur de génie. Mais Chaissac est un peintre subtil, l'initiateur d'un art libre et spontané qui a ses amateurs passionnés et dont le musée des Sables-d'Olonne possède un fonds capital. On le redécouvre aujourd'hui.

 

Apprenti quincaillier, marmiton, charretier, aide jardinier, bourrelier, cordonnier : Gaston Chaissac (1910-1964) avait multiplié les petits boulots avant de se lancer dans la carrière d'artiste. Une carrière commencée de manière bizarre puisqu'il sera officiellement reconnu artiste... sur un certificat médical qui lui sera délivré après un séjour en sanatorium pour cause de tuberculose. Le ton est donné : longtemps, l'oeuvre de Chaissac sera occultée par sa drôle de vie, digne d'un roman de Zola : le père, brutal et buveur, qui quitte le foyer peu après la naissance de Gaston, les deux frères qui ne valent pas mieux : l'un est syphilitique, l'autre est fou et doit être interné, la mère enfin, douce et attentive, mais qui meurt en abandonnant ce gamin chétif et souffreteux à lui-même.

 

En 1937, Chaissac monte à Paris pour chercher du travail. Logé rue Henri-Barbusse, il rencontre le peintre Otto Freundlich et sa compagne Jeanne Kosnick-Kloss, artiste elle aussi, qui habitent un atelier dans la cour de l'immeuble. Ils lui prêtent du papier et des crayons. Devant les premiers dessins de Chaissac, Freundlich s'enthousiasme : «Un maître nous est né.» Gaston fait aussi la connaissance d'Albert Gleizes, bel artiste qui écrira le premier livre sur le cubisme. Dans sa bibliothèque, Chaissac découvre l'oeuvre de Van Gogh, Matisse, Braque, Picasso. Dans son atelier, il retrouve ce milieu artistique qui, il en est maintenant sûr, le comble pleinement. Dans son salon, il rencontre un homme de grande culture, André Lhote ; il croise aussi Aimé Maeght, qui ne pense pas encore à sa Fondation de Saint-Paul-de-Vence, et André Bloc, directeur de la plus importante revue d'art de l'époque, qui achète à Chaissac ses premières gouaches et qui ne cessera jamais de le recommander à des critiques, des amateurs, des marchands. Dieu sait que le peintre en aura besoin : dans une lettre au collectionneur Jean le Guillou, il écrit lucidement : «Je n'ai pas le don de savoir m'y prendre avec les autres, et on ne sait pas s'y prendre avec moi. Je ne puis prétendre occuper dans le monde des arts plastiques la place que je mérite. J'en avais déjà conscience lorsque André Bloc ne parvint pas à convaincre la galeriste Jeanne Bucher que mes dessins étaient autre chose que des dessins d'enfants.»

 

Une amitié difficile

 

Le voilà, le grand malentendu, qui n'est pas dissipé aujourd'hui : en quête, comme tant d'artistes alors, d'une peinture nouvelle, en liberté, hors des voies académiques, Chaissac est à la recherche d'une sorte d'enfance de l'art, qu'il ne faut évidemment pas confondre avec l'art des enfants, des peintres naïfs ou des tenants de l' «art brut» parmi lesquels l'artiste détestait qu'on le place. Parce que la peinture de Chaissac prend des airs de spontanéité, on lui a collé l'étiquette de bricoleur alors qu'il n'est qu'un grand artiste qui revendique sa différence. Parce qu'il était autodidacte, on l'a dit sans culture artistique. C'est faux. A ses débuts, en 1937-1938, tenté par l'abstraction, il dessine à l'encre de Chine des spirales qui s'imbriquent les unes dans les autres à la manière d'un puzzle capricieux et fantaisiste. On y trouve déjà deux caractéristiques qui resteront à jamais les siennes : le cloisonnement des formes et l'espace à deux dimensions. Cette période est brève et, dès 1940, le travail de Chaissac se concentre sur la représentation de la figure humaine. Les personnages, fortement stylisés, évoquent parfois l'art populaire russe et les toutes premières oeuvres de Kandinsky. D'ailleurs, dans ces années 1940-1950, on se demande quel artiste Chaissac n'a pas observé. Tantôt il est bluffé par les jeux de déformation auxquels se livre Picasso, tantôt il est ému par la solitude qu'expriment les toiles de Van Gogh. Certains de ses portraits font songer à Paul Klee, d'autres montrent qu'il connaissait bien le surréalisme. Et puis, bien sûr, il y a la grande ombre de Dubuffet qui plane tout autour de Chaissac. Dubuffet et Chaissac. Chaissac et Dubuffet. Leur histoire est celle d'une amitié profonde, mais difficile. Dubuffet est tombé sous le charme de Chaissac, en qui il voit le peintre marginal par excellence, libéré des doctrines et des traditions, prêt à se lancer dans des techniques novatrices, un artiste aussi dont l'oeuvre spontanée est sans cesse en quête de renouvellement. Plongé dans l'aventure de l'art brut, qu'il oppose à un art occidental moribond, Dubuffet est à la recherche d'expressions inédites : graffiti, griffonnage, l'art des naïfs, des enfants, des aliénés qui, tous, témoignent de cette «candeur barbare» qu'il retrouve dans l'oeuvre de Chaissac. Aveuglé par son admiration, il réalisera plus tard que le peintre ne l'a pas attendu pour mener, avec quelques longueurs d'avance, une vraie réflexion sur l'art. A l'affût de nouvelles découvertes, Chaissac explore mille moyens d'échapper à la routine : il peint sur tout ce qui lui tombe sous la main, coquilles d'huîtres, vieilles gamelles rouillées, meubles délabrés, tuyaux cabossés. Même un balai peut devenir oeuvre d'art : il lui suffit de peindre un visage sur les poils pour que ceux-ci se transforment en chevelure et de poser l'objet à l'envers pour que le manche simule le corps. Pour obtenir des formes «imprévues», Chaissac dessine de la main gauche afin de cultiver une maladresse voulue, de développer un «désapprentissage» des règles traditionnelles.

 

Entre 1961 et 1964, l'année de sa mort, Chaissac s'établit à Vix, en Vendée, où le grand-père de sa femme leur a légué une petite maison. Ce qui explique que ce soit au musée vendéen des Sables-d'Olonne, qui a bénéficié d'un don de la fille du peintre, que l'on puisse voir la plus grande collection publique de ses oeuvres : des huiles, des dessins, des collages, des sculptures totems, en tout 47 pièces majeures qui viennent d'être restaurées grâce à la fondation BNP Paribas et qui sont désormais présentées dans des salles spécialement aménagées pour elles. En les découvrant, il n'est plus question de voir en Chaissac un innocent aux mains pleines. Son oeuvre, aux allures de spontanéité, a bel et bien initié une nouvelle façon d'exprimer la liberté en peinture. Une oeuvre sans grammaire, certes, mais tellement expressive. Chaissac en avait conscience : «Pour faire de la peinture, affirmait-il, il faut s'asseoir sur la raison.»

 

Musée de l'abbaye Sainte-Croix, rue de Verdun, 85100 Les Sables-d'Olonne.

Gaston Chaissac : «Je suis un Picasso en sabots»

Par Véronique Prat - Publié le 12 janvier 2007

Longtemps, on a vu en lui un bricoleur de génie. Mais Chaissac est un peintre subtil, l'initiateur d'un art libre et spontané qui a ses amateurs passionnés et dont le musée des Sables-d'Olonne possède un fonds capital. On le redécouvre aujourd'hui.

 

Apprenti quincaillier, marmiton, charretier, aide jardinier, bourrelier, cordonnier : Gaston Chaissac (1910-1964) avait multiplié les petits boulots avant de se lancer dans la carrière d'artiste. Une carrière commencée de manière bizarre puisqu'il sera officiellement reconnu artiste... sur un certificat médical qui lui sera délivré après un séjour en sanatorium pour cause de tuberculose. Le ton est donné : longtemps, l'oeuvre de Chaissac sera occultée par sa drôle de vie, digne d'un roman de Zola : le père, brutal et buveur, qui quitte le foyer peu après la naissance de Gaston, les deux frères qui ne valent pas mieux : l'un est syphilitique, l'autre est fou et doit être interné, la mère enfin, douce et attentive, mais qui meurt en abandonnant ce gamin chétif et souffreteux à lui-même.

 

En 1937, Chaissac monte à Paris pour chercher du travail. Logé rue Henri-Barbusse, il rencontre le peintre Otto Freundlich et sa compagne Jeanne Kosnick-Kloss, artiste elle aussi, qui habitent un atelier dans la cour de l'immeuble. Ils lui prêtent du papier et des crayons. Devant les premiers dessins de Chaissac, Freundlich s'enthousiasme : «Un maître nous est né.» Gaston fait aussi la connaissance d'Albert Gleizes, bel artiste qui écrira le premier livre sur le cubisme. Dans sa bibliothèque, Chaissac découvre l'oeuvre de Van Gogh, Matisse, Braque, Picasso. Dans son atelier, il retrouve ce milieu artistique qui, il en est maintenant sûr, le comble pleinement. Dans son salon, il rencontre un homme de grande culture, André Lhote ; il croise aussi Aimé Maeght, qui ne pense pas encore à sa Fondation de Saint-Paul-de-Vence, et André Bloc, directeur de la plus importante revue d'art de l'époque, qui achète à Chaissac ses premières gouaches et qui ne cessera jamais de le recommander à des critiques, des amateurs, des marchands. Dieu sait que le peintre en aura besoin : dans une lettre au collectionneur Jean le Guillou, il écrit lucidement : «Je n'ai pas le don de savoir m'y prendre avec les autres, et on ne sait pas s'y prendre avec moi. Je ne puis prétendre occuper dans le monde des arts plastiques la place que je mérite. J'en avais déjà conscience lorsque André Bloc ne parvint pas à convaincre la galeriste Jeanne Bucher que mes dessins étaient autre chose que des dessins d'enfants.»

 

Une amitié difficile

 

Le voilà, le grand malentendu, qui n'est pas dissipé aujourd'hui : en quête, comme tant d'artistes alors, d'une peinture nouvelle, en liberté, hors des voies académiques, Chaissac est à la recherche d'une sorte d'enfance de l'art, qu'il ne faut évidemment pas confondre avec l'art des enfants, des peintres naïfs ou des tenants de l' «art brut» parmi lesquels l'artiste détestait qu'on le place. Parce que la peinture de Chaissac prend des airs de spontanéité, on lui a collé l'étiquette de bricoleur alors qu'il n'est qu'un grand artiste qui revendique sa différence. Parce qu'il était autodidacte, on l'a dit sans culture artistique. C'est faux. A ses débuts, en 1937-1938, tenté par l'abstraction, il dessine à l'encre de Chine des spirales qui s'imbriquent les unes dans les autres à la manière d'un puzzle capricieux et fantaisiste. On y trouve déjà deux caractéristiques qui resteront à jamais les siennes : le cloisonnement des formes et l'espace à deux dimensions. Cette période est brève et, dès 1940, le travail de Chaissac se concentre sur la représentation de la figure humaine. Les personnages, fortement stylisés, évoquent parfois l'art populaire russe et les toutes premières oeuvres de Kandinsky. D'ailleurs, dans ces années 1940-1950, on se demande quel artiste Chaissac n'a pas observé. Tantôt il est bluffé par les jeux de déformation auxquels se livre Picasso, tantôt il est ému par la solitude qu'expriment les toiles de Van Gogh. Certains de ses portraits font songer à Paul Klee, d'autres montrent qu'il connaissait bien le surréalisme. Et puis, bien sûr, il y a la grande ombre de Dubuffet qui plane tout autour de Chaissac. Dubuffet et Chaissac. Chaissac et Dubuffet. Leur histoire est celle d'une amitié profonde, mais difficile. Dubuffet est tombé sous le charme de Chaissac, en qui il voit le peintre marginal par excellence, libéré des doctrines et des traditions, prêt à se lancer dans des techniques novatrices, un artiste aussi dont l'oeuvre spontanée est sans cesse en quête de renouvellement. Plongé dans l'aventure de l'art brut, qu'il oppose à un art occidental moribond, Dubuffet est à la recherche d'expressions inédites : graffiti, griffonnage, l'art des naïfs, des enfants, des aliénés qui, tous, témoignent de cette «candeur barbare» qu'il retrouve dans l'oeuvre de Chaissac. Aveuglé par son admiration, il réalisera plus tard que le peintre ne l'a pas attendu pour mener, avec quelques longueurs d'avance, une vraie réflexion sur l'art. A l'affût de nouvelles découvertes, Chaissac explore mille moyens d'échapper à la routine : il peint sur tout ce qui lui tombe sous la main, coquilles d'huîtres, vieilles gamelles rouillées, meubles délabrés, tuyaux cabossés. Même un balai peut devenir oeuvre d'art : il lui suffit de peindre un visage sur les poils pour que ceux-ci se transforment en chevelure et de poser l'objet à l'envers pour que le manche simule le corps. Pour obtenir des formes «imprévues», Chaissac dessine de la main gauche afin de cultiver une maladresse voulue, de développer un «désapprentissage» des règles traditionnelles.

 

Entre 1961 et 1964, l'année de sa mort, Chaissac s'établit à Vix, en Vendée, où le grand-père de sa femme leur a légué une petite maison. Ce qui explique que ce soit au musée vendéen des Sables-d'Olonne, qui a bénéficié d'un don de la fille du peintre, que l'on puisse voir la plus grande collection publique de ses oeuvres : des huiles, des dessins, des collages, des sculptures totems, en tout 47 pièces majeures qui viennent d'être restaurées grâce à la fondation BNP Paribas et qui sont désormais présentées dans des salles spécialement aménagées pour elles. En les découvrant, il n'est plus question de voir en Chaissac un innocent aux mains pleines. Son oeuvre, aux allures de spontanéité, a bel et bien initié une nouvelle façon d'exprimer la liberté en peinture. Une oeuvre sans grammaire, certes, mais tellement expressive. Chaissac en avait conscience : «Pour faire de la peinture, affirmait-il, il faut s'asseoir sur la raison.»

 

Musée de l'abbaye Sainte-Croix, rue de Verdun, 85100 Les Sables-d'Olonne.

Gaston Chaissac : «Je suis un Picasso en sabots»

Par Véronique Prat - Publié le 12 janvier 2007

Longtemps, on a vu en lui un bricoleur de génie. Mais Chaissac est un peintre subtil, l'initiateur d'un art libre et spontané qui a ses amateurs passionnés et dont le musée des Sables-d'Olonne possède un fonds capital. On le redécouvre aujourd'hui.

 

Apprenti quincaillier, marmiton, charretier, aide jardinier, bourrelier, cordonnier : Gaston Chaissac (1910-1964) avait multiplié les petits boulots avant de se lancer dans la carrière d'artiste. Une carrière commencée de manière bizarre puisqu'il sera officiellement reconnu artiste... sur un certificat médical qui lui sera délivré après un séjour en sanatorium pour cause de tuberculose. Le ton est donné : longtemps, l'oeuvre de Chaissac sera occultée par sa drôle de vie, digne d'un roman de Zola : le père, brutal et buveur, qui quitte le foyer peu après la naissance de Gaston, les deux frères qui ne valent pas mieux : l'un est syphilitique, l'autre est fou et doit être interné, la mère enfin, douce et attentive, mais qui meurt en abandonnant ce gamin chétif et souffreteux à lui-même.

 

En 1937, Chaissac monte à Paris pour chercher du travail. Logé rue Henri-Barbusse, il rencontre le peintre Otto Freundlich et sa compagne Jeanne Kosnick-Kloss, artiste elle aussi, qui habitent un atelier dans la cour de l'immeuble. Ils lui prêtent du papier et des crayons. Devant les premiers dessins de Chaissac, Freundlich s'enthousiasme : «Un maître nous est né.» Gaston fait aussi la connaissance d'Albert Gleizes, bel artiste qui écrira le premier livre sur le cubisme. Dans sa bibliothèque, Chaissac découvre l'oeuvre de Van Gogh, Matisse, Braque, Picasso. Dans son atelier, il retrouve ce milieu artistique qui, il en est maintenant sûr, le comble pleinement. Dans son salon, il rencontre un homme de grande culture, André Lhote ; il croise aussi Aimé Maeght, qui ne pense pas encore à sa Fondation de Saint-Paul-de-Vence, et André Bloc, directeur de la plus importante revue d'art de l'époque, qui achète à Chaissac ses premières gouaches et qui ne cessera jamais de le recommander à des critiques, des amateurs, des marchands. Dieu sait que le peintre en aura besoin : dans une lettre au collectionneur Jean le Guillou, il écrit lucidement : «Je n'ai pas le don de savoir m'y prendre avec les autres, et on ne sait pas s'y prendre avec moi. Je ne puis prétendre occuper dans le monde des arts plastiques la place que je mérite. J'en avais déjà conscience lorsque André Bloc ne parvint pas à convaincre la galeriste Jeanne Bucher que mes dessins étaient autre chose que des dessins d'enfants.»

 

Une amitié difficile

 

Le voilà, le grand malentendu, qui n'est pas dissipé aujourd'hui : en quête, comme tant d'artistes alors, d'une peinture nouvelle, en liberté, hors des voies académiques, Chaissac est à la recherche d'une sorte d'enfance de l'art, qu'il ne faut évidemment pas confondre avec l'art des enfants, des peintres naïfs ou des tenants de l' «art brut» parmi lesquels l'artiste détestait qu'on le place. Parce que la peinture de Chaissac prend des airs de spontanéité, on lui a collé l'étiquette de bricoleur alors qu'il n'est qu'un grand artiste qui revendique sa différence. Parce qu'il était autodidacte, on l'a dit sans culture artistique. C'est faux. A ses débuts, en 1937-1938, tenté par l'abstraction, il dessine à l'encre de Chine des spirales qui s'imbriquent les unes dans les autres à la manière d'un puzzle capricieux et fantaisiste. On y trouve déjà deux caractéristiques qui resteront à jamais les siennes : le cloisonnement des formes et l'espace à deux dimensions. Cette période est brève et, dès 1940, le travail de Chaissac se concentre sur la représentation de la figure humaine. Les personnages, fortement stylisés, évoquent parfois l'art populaire russe et les toutes premières oeuvres de Kandinsky. D'ailleurs, dans ces années 1940-1950, on se demande quel artiste Chaissac n'a pas observé. Tantôt il est bluffé par les jeux de déformation auxquels se livre Picasso, tantôt il est ému par la solitude qu'expriment les toiles de Van Gogh. Certains de ses portraits font songer à Paul Klee, d'autres montrent qu'il connaissait bien le surréalisme. Et puis, bien sûr, il y a la grande ombre de Dubuffet qui plane tout autour de Chaissac. Dubuffet et Chaissac. Chaissac et Dubuffet. Leur histoire est celle d'une amitié profonde, mais difficile. Dubuffet est tombé sous le charme de Chaissac, en qui il voit le peintre marginal par excellence, libéré des doctrines et des traditions, prêt à se lancer dans des techniques novatrices, un artiste aussi dont l'oeuvre spontanée est sans cesse en quête de renouvellement. Plongé dans l'aventure de l'art brut, qu'il oppose à un art occidental moribond, Dubuffet est à la recherche d'expressions inédites : graffiti, griffonnage, l'art des naïfs, des enfants, des aliénés qui, tous, témoignent de cette «candeur barbare» qu'il retrouve dans l'oeuvre de Chaissac. Aveuglé par son admiration, il réalisera plus tard que le peintre ne l'a pas attendu pour mener, avec quelques longueurs d'avance, une vraie réflexion sur l'art. A l'affût de nouvelles découvertes, Chaissac explore mille moyens d'échapper à la routine : il peint sur tout ce qui lui tombe sous la main, coquilles d'huîtres, vieilles gamelles rouillées, meubles délabrés, tuyaux cabossés. Même un balai peut devenir oeuvre d'art : il lui suffit de peindre un visage sur les poils pour que ceux-ci se transforment en chevelure et de poser l'objet à l'envers pour que le manche simule le corps. Pour obtenir des formes «imprévues», Chaissac dessine de la main gauche afin de cultiver une maladresse voulue, de développer un «désapprentissage» des règles traditionnelles.

 

Entre 1961 et 1964, l'année de sa mort, Chaissac s'établit à Vix, en Vendée, où le grand-père de sa femme leur a légué une petite maison. Ce qui explique que ce soit au musée vendéen des Sables-d'Olonne, qui a bénéficié d'un don de la fille du peintre, que l'on puisse voir la plus grande collection publique de ses oeuvres : des huiles, des dessins, des collages, des sculptures totems, en tout 47 pièces majeures qui viennent d'être restaurées grâce à la fondation BNP Paribas et qui sont désormais présentées dans des salles spécialement aménagées pour elles. En les découvrant, il n'est plus question de voir en Chaissac un innocent aux mains pleines. Son oeuvre, aux allures de spontanéité, a bel et bien initié une nouvelle façon d'exprimer la liberté en peinture. Une oeuvre sans grammaire, certes, mais tellement expressive. Chaissac en avait conscience : «Pour faire de la peinture, affirmait-il, il faut s'asseoir sur la raison.»

 

Musée de l'abbaye Sainte-Croix, rue de Verdun, 85100 Les Sables-d'Olonne.

Gaston Chaissac : «Je suis un Picasso en sabots»

Par Véronique Prat - Publié le 12 janvier 2007

Longtemps, on a vu en lui un bricoleur de génie. Mais Chaissac est un peintre subtil, l'initiateur d'un art libre et spontané qui a ses amateurs passionnés et dont le musée des Sables-d'Olonne possède un fonds capital. On le redécouvre aujourd'hui.

 

Apprenti quincaillier, marmiton, charretier, aide jardinier, bourrelier, cordonnier : Gaston Chaissac (1910-1964) avait multiplié les petits boulots avant de se lancer dans la carrière d'artiste. Une carrière commencée de manière bizarre puisqu'il sera officiellement reconnu artiste... sur un certificat médical qui lui sera délivré après un séjour en sanatorium pour cause de tuberculose. Le ton est donné : longtemps, l'oeuvre de Chaissac sera occultée par sa drôle de vie, digne d'un roman de Zola : le père, brutal et buveur, qui quitte le foyer peu après la naissance de Gaston, les deux frères qui ne valent pas mieux : l'un est syphilitique, l'autre est fou et doit être interné, la mère enfin, douce et attentive, mais qui meurt en abandonnant ce gamin chétif et souffreteux à lui-même.

 

En 1937, Chaissac monte à Paris pour chercher du travail. Logé rue Henri-Barbusse, il rencontre le peintre Otto Freundlich et sa compagne Jeanne Kosnick-Kloss, artiste elle aussi, qui habitent un atelier dans la cour de l'immeuble. Ils lui prêtent du papier et des crayons. Devant les premiers dessins de Chaissac, Freundlich s'enthousiasme : «Un maître nous est né.» Gaston fait aussi la connaissance d'Albert Gleizes, bel artiste qui écrira le premier livre sur le cubisme. Dans sa bibliothèque, Chaissac découvre l'oeuvre de Van Gogh, Matisse, Braque, Picasso. Dans son atelier, il retrouve ce milieu artistique qui, il en est maintenant sûr, le comble pleinement. Dans son salon, il rencontre un homme de grande culture, André Lhote ; il croise aussi Aimé Maeght, qui ne pense pas encore à sa Fondation de Saint-Paul-de-Vence, et André Bloc, directeur de la plus importante revue d'art de l'époque, qui achète à Chaissac ses premières gouaches et qui ne cessera jamais de le recommander à des critiques, des amateurs, des marchands. Dieu sait que le peintre en aura besoin : dans une lettre au collectionneur Jean le Guillou, il écrit lucidement : «Je n'ai pas le don de savoir m'y prendre avec les autres, et on ne sait pas s'y prendre avec moi. Je ne puis prétendre occuper dans le monde des arts plastiques la place que je mérite. J'en avais déjà conscience lorsque André Bloc ne parvint pas à convaincre la galeriste Jeanne Bucher que mes dessins étaient autre chose que des dessins d'enfants.»

 

Une amitié difficile

 

Le voilà, le grand malentendu, qui n'est pas dissipé aujourd'hui : en quête, comme tant d'artistes alors, d'une peinture nouvelle, en liberté, hors des voies académiques, Chaissac est à la recherche d'une sorte d'enfance de l'art, qu'il ne faut évidemment pas confondre avec l'art des enfants, des peintres naïfs ou des tenants de l' «art brut» parmi lesquels l'artiste détestait qu'on le place. Parce que la peinture de Chaissac prend des airs de spontanéité, on lui a collé l'étiquette de bricoleur alors qu'il n'est qu'un grand artiste qui revendique sa différence. Parce qu'il était autodidacte, on l'a dit sans culture artistique. C'est faux. A ses débuts, en 1937-1938, tenté par l'abstraction, il dessine à l'encre de Chine des spirales qui s'imbriquent les unes dans les autres à la manière d'un puzzle capricieux et fantaisiste. On y trouve déjà deux caractéristiques qui resteront à jamais les siennes : le cloisonnement des formes et l'espace à deux dimensions. Cette période est brève et, dès 1940, le travail de Chaissac se concentre sur la représentation de la figure humaine. Les personnages, fortement stylisés, évoquent parfois l'art populaire russe et les toutes premières oeuvres de Kandinsky. D'ailleurs, dans ces années 1940-1950, on se demande quel artiste Chaissac n'a pas observé. Tantôt il est bluffé par les jeux de déformation auxquels se livre Picasso, tantôt il est ému par la solitude qu'expriment les toiles de Van Gogh. Certains de ses portraits font songer à Paul Klee, d'autres montrent qu'il connaissait bien le surréalisme. Et puis, bien sûr, il y a la grande ombre de Dubuffet qui plane tout autour de Chaissac. Dubuffet et Chaissac. Chaissac et Dubuffet. Leur histoire est celle d'une amitié profonde, mais difficile. Dubuffet est tombé sous le charme de Chaissac, en qui il voit le peintre marginal par excellence, libéré des doctrines et des traditions, prêt à se lancer dans des techniques novatrices, un artiste aussi dont l'oeuvre spontanée est sans cesse en quête de renouvellement. Plongé dans l'aventure de l'art brut, qu'il oppose à un art occidental moribond, Dubuffet est à la recherche d'expressions inédites : graffiti, griffonnage, l'art des naïfs, des enfants, des aliénés qui, tous, témoignent de cette «candeur barbare» qu'il retrouve dans l'oeuvre de Chaissac. Aveuglé par son admiration, il réalisera plus tard que le peintre ne l'a pas attendu pour mener, avec quelques longueurs d'avance, une vraie réflexion sur l'art. A l'affût de nouvelles découvertes, Chaissac explore mille moyens d'échapper à la routine : il peint sur tout ce qui lui tombe sous la main, coquilles d'huîtres, vieilles gamelles rouillées, meubles délabrés, tuyaux cabossés. Même un balai peut devenir oeuvre d'art : il lui suffit de peindre un visage sur les poils pour que ceux-ci se transforment en chevelure et de poser l'objet à l'envers pour que le manche simule le corps. Pour obtenir des formes «imprévues», Chaissac dessine de la main gauche afin de cultiver une maladresse voulue, de développer un «désapprentissage» des règles traditionnelles.

 

Entre 1961 et 1964, l'année de sa mort, Chaissac s'établit à Vix, en Vendée, où le grand-père de sa femme leur a légué une petite maison. Ce qui explique que ce soit au musée vendéen des Sables-d'Olonne, qui a bénéficié d'un don de la fille du peintre, que l'on puisse voir la plus grande collection publique de ses oeuvres : des huiles, des dessins, des collages, des sculptures totems, en tout 47 pièces majeures qui viennent d'être restaurées grâce à la fondation BNP Paribas et qui sont désormais présentées dans des salles spécialement aménagées pour elles. En les découvrant, il n'est plus question de voir en Chaissac un innocent aux mains pleines. Son oeuvre, aux allures de spontanéité, a bel et bien initié une nouvelle façon d'exprimer la liberté en peinture. Une oeuvre sans grammaire, certes, mais tellement expressive. Chaissac en avait conscience : «Pour faire de la peinture, affirmait-il, il faut s'asseoir sur la raison.»

 

Musée de l'abbaye Sainte-Croix, rue de Verdun, 85100 Les Sables-d'Olonne.

Gaston Chaissac : «Je suis un Picasso en sabots»

Par Véronique Prat - Publié le 12 janvier 2007

Longtemps, on a vu en lui un bricoleur de génie. Mais Chaissac est un peintre subtil, l'initiateur d'un art libre et spontané qui a ses amateurs passionnés et dont le musée des Sables-d'Olonne possède un fonds capital. On le redécouvre aujourd'hui.

 

Apprenti quincaillier, marmiton, charretier, aide jardinier, bourrelier, cordonnier : Gaston Chaissac (1910-1964) avait multiplié les petits boulots avant de se lancer dans la carrière d'artiste. Une carrière commencée de manière bizarre puisqu'il sera officiellement reconnu artiste... sur un certificat médical qui lui sera délivré après un séjour en sanatorium pour cause de tuberculose. Le ton est donné : longtemps, l'oeuvre de Chaissac sera occultée par sa drôle de vie, digne d'un roman de Zola : le père, brutal et buveur, qui quitte le foyer peu après la naissance de Gaston, les deux frères qui ne valent pas mieux : l'un est syphilitique, l'autre est fou et doit être interné, la mère enfin, douce et attentive, mais qui meurt en abandonnant ce gamin chétif et souffreteux à lui-même.

 

En 1937, Chaissac monte à Paris pour chercher du travail. Logé rue Henri-Barbusse, il rencontre le peintre Otto Freundlich et sa compagne Jeanne Kosnick-Kloss, artiste elle aussi, qui habitent un atelier dans la cour de l'immeuble. Ils lui prêtent du papier et des crayons. Devant les premiers dessins de Chaissac, Freundlich s'enthousiasme : «Un maître nous est né.» Gaston fait aussi la connaissance d'Albert Gleizes, bel artiste qui écrira le premier livre sur le cubisme. Dans sa bibliothèque, Chaissac découvre l'oeuvre de Van Gogh, Matisse, Braque, Picasso. Dans son atelier, il retrouve ce milieu artistique qui, il en est maintenant sûr, le comble pleinement. Dans son salon, il rencontre un homme de grande culture, André Lhote ; il croise aussi Aimé Maeght, qui ne pense pas encore à sa Fondation de Saint-Paul-de-Vence, et André Bloc, directeur de la plus importante revue d'art de l'époque, qui achète à Chaissac ses premières gouaches et qui ne cessera jamais de le recommander à des critiques, des amateurs, des marchands. Dieu sait que le peintre en aura besoin : dans une lettre au collectionneur Jean le Guillou, il écrit lucidement : «Je n'ai pas le don de savoir m'y prendre avec les autres, et on ne sait pas s'y prendre avec moi. Je ne puis prétendre occuper dans le monde des arts plastiques la place que je mérite. J'en avais déjà conscience lorsque André Bloc ne parvint pas à convaincre la galeriste Jeanne Bucher que mes dessins étaient autre chose que des dessins d'enfants.»

 

Une amitié difficile

 

Le voilà, le grand malentendu, qui n'est pas dissipé aujourd'hui : en quête, comme tant d'artistes alors, d'une peinture nouvelle, en liberté, hors des voies académiques, Chaissac est à la recherche d'une sorte d'enfance de l'art, qu'il ne faut évidemment pas confondre avec l'art des enfants, des peintres naïfs ou des tenants de l' «art brut» parmi lesquels l'artiste détestait qu'on le place. Parce que la peinture de Chaissac prend des airs de spontanéité, on lui a collé l'étiquette de bricoleur alors qu'il n'est qu'un grand artiste qui revendique sa différence. Parce qu'il était autodidacte, on l'a dit sans culture artistique. C'est faux. A ses débuts, en 1937-1938, tenté par l'abstraction, il dessine à l'encre de Chine des spirales qui s'imbriquent les unes dans les autres à la manière d'un puzzle capricieux et fantaisiste. On y trouve déjà deux caractéristiques qui resteront à jamais les siennes : le cloisonnement des formes et l'espace à deux dimensions. Cette période est brève et, dès 1940, le travail de Chaissac se concentre sur la représentation de la figure humaine. Les personnages, fortement stylisés, évoquent parfois l'art populaire russe et les toutes premières oeuvres de Kandinsky. D'ailleurs, dans ces années 1940-1950, on se demande quel artiste Chaissac n'a pas observé. Tantôt il est bluffé par les jeux de déformation auxquels se livre Picasso, tantôt il est ému par la solitude qu'expriment les toiles de Van Gogh. Certains de ses portraits font songer à Paul Klee, d'autres montrent qu'il connaissait bien le surréalisme. Et puis, bien sûr, il y a la grande ombre de Dubuffet qui plane tout autour de Chaissac. Dubuffet et Chaissac. Chaissac et Dubuffet. Leur histoire est celle d'une amitié profonde, mais difficile. Dubuffet est tombé sous le charme de Chaissac, en qui il voit le peintre marginal par excellence, libéré des doctrines et des traditions, prêt à se lancer dans des techniques novatrices, un artiste aussi dont l'oeuvre spontanée est sans cesse en quête de renouvellement. Plongé dans l'aventure de l'art brut, qu'il oppose à un art occidental moribond, Dubuffet est à la recherche d'expressions inédites : graffiti, griffonnage, l'art des naïfs, des enfants, des aliénés qui, tous, témoignent de cette «candeur barbare» qu'il retrouve dans l'oeuvre de Chaissac. Aveuglé par son admiration, il réalisera plus tard que le peintre ne l'a pas attendu pour mener, avec quelques longueurs d'avance, une vraie réflexion sur l'art. A l'affût de nouvelles découvertes, Chaissac explore mille moyens d'échapper à la routine : il peint sur tout ce qui lui tombe sous la main, coquilles d'huîtres, vieilles gamelles rouillées, meubles délabrés, tuyaux cabossés. Même un balai peut devenir oeuvre d'art : il lui suffit de peindre un visage sur les poils pour que ceux-ci se transforment en chevelure et de poser l'objet à l'envers pour que le manche simule le corps. Pour obtenir des formes «imprévues», Chaissac dessine de la main gauche afin de cultiver une maladresse voulue, de développer un «désapprentissage» des règles traditionnelles.

 

Entre 1961 et 1964, l'année de sa mort, Chaissac s'établit à Vix, en Vendée, où le grand-père de sa femme leur a légué une petite maison. Ce qui explique que ce soit au musée vendéen des Sables-d'Olonne, qui a bénéficié d'un don de la fille du peintre, que l'on puisse voir la plus grande collection publique de ses oeuvres : des huiles, des dessins, des collages, des sculptures totems, en tout 47 pièces majeures qui viennent d'être restaurées grâce à la fondation BNP Paribas et qui sont désormais présentées dans des salles spécialement aménagées pour elles. En les découvrant, il n'est plus question de voir en Chaissac un innocent aux mains pleines. Son oeuvre, aux allures de spontanéité, a bel et bien initié une nouvelle façon d'exprimer la liberté en peinture. Une oeuvre sans grammaire, certes, mais tellement expressive. Chaissac en avait conscience : «Pour faire de la peinture, affirmait-il, il faut s'asseoir sur la raison.»

 

Musée de l'abbaye Sainte-Croix, rue de Verdun, 85100 Les Sables-d'Olonne.

Gaston Chaissac : «Je suis un Picasso en sabots»

Par Véronique Prat - Publié le 12 janvier 2007

Longtemps, on a vu en lui un bricoleur de génie. Mais Chaissac est un peintre subtil, l'initiateur d'un art libre et spontané qui a ses amateurs passionnés et dont le musée des Sables-d'Olonne possède un fonds capital. On le redécouvre aujourd'hui.

 

Apprenti quincaillier, marmiton, charretier, aide jardinier, bourrelier, cordonnier : Gaston Chaissac (1910-1964) avait multiplié les petits boulots avant de se lancer dans la carrière d'artiste. Une carrière commencée de manière bizarre puisqu'il sera officiellement reconnu artiste... sur un certificat médical qui lui sera délivré après un séjour en sanatorium pour cause de tuberculose. Le ton est donné : longtemps, l'oeuvre de Chaissac sera occultée par sa drôle de vie, digne d'un roman de Zola : le père, brutal et buveur, qui quitte le foyer peu après la naissance de Gaston, les deux frères qui ne valent pas mieux : l'un est syphilitique, l'autre est fou et doit être interné, la mère enfin, douce et attentive, mais qui meurt en abandonnant ce gamin chétif et souffreteux à lui-même.

 

En 1937, Chaissac monte à Paris pour chercher du travail. Logé rue Henri-Barbusse, il rencontre le peintre Otto Freundlich et sa compagne Jeanne Kosnick-Kloss, artiste elle aussi, qui habitent un atelier dans la cour de l'immeuble. Ils lui prêtent du papier et des crayons. Devant les premiers dessins de Chaissac, Freundlich s'enthousiasme : «Un maître nous est né.» Gaston fait aussi la connaissance d'Albert Gleizes, bel artiste qui écrira le premier livre sur le cubisme. Dans sa bibliothèque, Chaissac découvre l'oeuvre de Van Gogh, Matisse, Braque, Picasso. Dans son atelier, il retrouve ce milieu artistique qui, il en est maintenant sûr, le comble pleinement. Dans son salon, il rencontre un homme de grande culture, André Lhote ; il croise aussi Aimé Maeght, qui ne pense pas encore à sa Fondation de Saint-Paul-de-Vence, et André Bloc, directeur de la plus importante revue d'art de l'époque, qui achète à Chaissac ses premières gouaches et qui ne cessera jamais de le recommander à des critiques, des amateurs, des marchands. Dieu sait que le peintre en aura besoin : dans une lettre au collectionneur Jean le Guillou, il écrit lucidement : «Je n'ai pas le don de savoir m'y prendre avec les autres, et on ne sait pas s'y prendre avec moi. Je ne puis prétendre occuper dans le monde des arts plastiques la place que je mérite. J'en avais déjà conscience lorsque André Bloc ne parvint pas à convaincre la galeriste Jeanne Bucher que mes dessins étaient autre chose que des dessins d'enfants.»

 

Une amitié difficile

 

Le voilà, le grand malentendu, qui n'est pas dissipé aujourd'hui : en quête, comme tant d'artistes alors, d'une peinture nouvelle, en liberté, hors des voies académiques, Chaissac est à la recherche d'une sorte d'enfance de l'art, qu'il ne faut évidemment pas confondre avec l'art des enfants, des peintres naïfs ou des tenants de l' «art brut» parmi lesquels l'artiste détestait qu'on le place. Parce que la peinture de Chaissac prend des airs de spontanéité, on lui a collé l'étiquette de bricoleur alors qu'il n'est qu'un grand artiste qui revendique sa différence. Parce qu'il était autodidacte, on l'a dit sans culture artistique. C'est faux. A ses débuts, en 1937-1938, tenté par l'abstraction, il dessine à l'encre de Chine des spirales qui s'imbriquent les unes dans les autres à la manière d'un puzzle capricieux et fantaisiste. On y trouve déjà deux caractéristiques qui resteront à jamais les siennes : le cloisonnement des formes et l'espace à deux dimensions. Cette période est brève et, dès 1940, le travail de Chaissac se concentre sur la représentation de la figure humaine. Les personnages, fortement stylisés, évoquent parfois l'art populaire russe et les toutes premières oeuvres de Kandinsky. D'ailleurs, dans ces années 1940-1950, on se demande quel artiste Chaissac n'a pas observé. Tantôt il est bluffé par les jeux de déformation auxquels se livre Picasso, tantôt il est ému par la solitude qu'expriment les toiles de Van Gogh. Certains de ses portraits font songer à Paul Klee, d'autres montrent qu'il connaissait bien le surréalisme. Et puis, bien sûr, il y a la grande ombre de Dubuffet qui plane tout autour de Chaissac. Dubuffet et Chaissac. Chaissac et Dubuffet. Leur histoire est celle d'une amitié profonde, mais difficile. Dubuffet est tombé sous le charme de Chaissac, en qui il voit le peintre marginal par excellence, libéré des doctrines et des traditions, prêt à se lancer dans des techniques novatrices, un artiste aussi dont l'oeuvre spontanée est sans cesse en quête de renouvellement. Plongé dans l'aventure de l'art brut, qu'il oppose à un art occidental moribond, Dubuffet est à la recherche d'expressions inédites : graffiti, griffonnage, l'art des naïfs, des enfants, des aliénés qui, tous, témoignent de cette «candeur barbare» qu'il retrouve dans l'oeuvre de Chaissac. Aveuglé par son admiration, il réalisera plus tard que le peintre ne l'a pas attendu pour mener, avec quelques longueurs d'avance, une vraie réflexion sur l'art. A l'affût de nouvelles découvertes, Chaissac explore mille moyens d'échapper à la routine : il peint sur tout ce qui lui tombe sous la main, coquilles d'huîtres, vieilles gamelles rouillées, meubles délabrés, tuyaux cabossés. Même un balai peut devenir oeuvre d'art : il lui suffit de peindre un visage sur les poils pour que ceux-ci se transforment en chevelure et de poser l'objet à l'envers pour que le manche simule le corps. Pour obtenir des formes «imprévues», Chaissac dessine de la main gauche afin de cultiver une maladresse voulue, de développer un «désapprentissage» des règles traditionnelles.

 

Entre 1961 et 1964, l'année de sa mort, Chaissac s'établit à Vix, en Vendée, où le grand-père de sa femme leur a légué une petite maison. Ce qui explique que ce soit au musée vendéen des Sables-d'Olonne, qui a bénéficié d'un don de la fille du peintre, que l'on puisse voir la plus grande collection publique de ses oeuvres : des huiles, des dessins, des collages, des sculptures totems, en tout 47 pièces majeures qui viennent d'être restaurées grâce à la fondation BNP Paribas et qui sont désormais présentées dans des salles spécialement aménagées pour elles. En les découvrant, il n'est plus question de voir en Chaissac un innocent aux mains pleines. Son oeuvre, aux allures de spontanéité, a bel et bien initié une nouvelle façon d'exprimer la liberté en peinture. Une oeuvre sans grammaire, certes, mais tellement expressive. Chaissac en avait conscience : «Pour faire de la peinture, affirmait-il, il faut s'asseoir sur la raison.»

 

Musée de l'abbaye Sainte-Croix, rue de Verdun, 85100 Les Sables-d'Olonne.

Gaston Chaissac : «Je suis un Picasso en sabots»

Par Véronique Prat - Publié le 12 janvier 2007

Longtemps, on a vu en lui un bricoleur de génie. Mais Chaissac est un peintre subtil, l'initiateur d'un art libre et spontané qui a ses amateurs passionnés et dont le musée des Sables-d'Olonne possède un fonds capital. On le redécouvre aujourd'hui.

 

Apprenti quincaillier, marmiton, charretier, aide jardinier, bourrelier, cordonnier : Gaston Chaissac (1910-1964) avait multiplié les petits boulots avant de se lancer dans la carrière d'artiste. Une carrière commencée de manière bizarre puisqu'il sera officiellement reconnu artiste... sur un certificat médical qui lui sera délivré après un séjour en sanatorium pour cause de tuberculose. Le ton est donné : longtemps, l'oeuvre de Chaissac sera occultée par sa drôle de vie, digne d'un roman de Zola : le père, brutal et buveur, qui quitte le foyer peu après la naissance de Gaston, les deux frères qui ne valent pas mieux : l'un est syphilitique, l'autre est fou et doit être interné, la mère enfin, douce et attentive, mais qui meurt en abandonnant ce gamin chétif et souffreteux à lui-même.

 

En 1937, Chaissac monte à Paris pour chercher du travail. Logé rue Henri-Barbusse, il rencontre le peintre Otto Freundlich et sa compagne Jeanne Kosnick-Kloss, artiste elle aussi, qui habitent un atelier dans la cour de l'immeuble. Ils lui prêtent du papier et des crayons. Devant les premiers dessins de Chaissac, Freundlich s'enthousiasme : «Un maître nous est né.» Gaston fait aussi la connaissance d'Albert Gleizes, bel artiste qui écrira le premier livre sur le cubisme. Dans sa bibliothèque, Chaissac découvre l'oeuvre de Van Gogh, Matisse, Braque, Picasso. Dans son atelier, il retrouve ce milieu artistique qui, il en est maintenant sûr, le comble pleinement. Dans son salon, il rencontre un homme de grande culture, André Lhote ; il croise aussi Aimé Maeght, qui ne pense pas encore à sa Fondation de Saint-Paul-de-Vence, et André Bloc, directeur de la plus importante revue d'art de l'époque, qui achète à Chaissac ses premières gouaches et qui ne cessera jamais de le recommander à des critiques, des amateurs, des marchands. Dieu sait que le peintre en aura besoin : dans une lettre au collectionneur Jean le Guillou, il écrit lucidement : «Je n'ai pas le don de savoir m'y prendre avec les autres, et on ne sait pas s'y prendre avec moi. Je ne puis prétendre occuper dans le monde des arts plastiques la place que je mérite. J'en avais déjà conscience lorsque André Bloc ne parvint pas à convaincre la galeriste Jeanne Bucher que mes dessins étaient autre chose que des dessins d'enfants.»

 

Une amitié difficile

 

Le voilà, le grand malentendu, qui n'est pas dissipé aujourd'hui : en quête, comme tant d'artistes alors, d'une peinture nouvelle, en liberté, hors des voies académiques, Chaissac est à la recherche d'une sorte d'enfance de l'art, qu'il ne faut évidemment pas confondre avec l'art des enfants, des peintres naïfs ou des tenants de l' «art brut» parmi lesquels l'artiste détestait qu'on le place. Parce que la peinture de Chaissac prend des airs de spontanéité, on lui a collé l'étiquette de bricoleur alors qu'il n'est qu'un grand artiste qui revendique sa différence. Parce qu'il était autodidacte, on l'a dit sans culture artistique. C'est faux. A ses débuts, en 1937-1938, tenté par l'abstraction, il dessine à l'encre de Chine des spirales qui s'imbriquent les unes dans les autres à la manière d'un puzzle capricieux et fantaisiste. On y trouve déjà deux caractéristiques qui resteront à jamais les siennes : le cloisonnement des formes et l'espace à deux dimensions. Cette période est brève et, dès 1940, le travail de Chaissac se concentre sur la représentation de la figure humaine. Les personnages, fortement stylisés, évoquent parfois l'art populaire russe et les toutes premières oeuvres de Kandinsky. D'ailleurs, dans ces années 1940-1950, on se demande quel artiste Chaissac n'a pas observé. Tantôt il est bluffé par les jeux de déformation auxquels se livre Picasso, tantôt il est ému par la solitude qu'expriment les toiles de Van Gogh. Certains de ses portraits font songer à Paul Klee, d'autres montrent qu'il connaissait bien le surréalisme. Et puis, bien sûr, il y a la grande ombre de Dubuffet qui plane tout autour de Chaissac. Dubuffet et Chaissac. Chaissac et Dubuffet. Leur histoire est celle d'une amitié profonde, mais difficile. Dubuffet est tombé sous le charme de Chaissac, en qui il voit le peintre marginal par excellence, libéré des doctrines et des traditions, prêt à se lancer dans des techniques novatrices, un artiste aussi dont l'oeuvre spontanée est sans cesse en quête de renouvellement. Plongé dans l'aventure de l'art brut, qu'il oppose à un art occidental moribond, Dubuffet est à la recherche d'expressions inédites : graffiti, griffonnage, l'art des naïfs, des enfants, des aliénés qui, tous, témoignent de cette «candeur barbare» qu'il retrouve dans l'oeuvre de Chaissac. Aveuglé par son admiration, i

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13 décembre 2006 3 13 /12 /décembre /2006 18:15

SOCIÉTÉ D' HISTOIRE LOCALE DE DAMVIX

___________________________________________

 

PROCÈS - VERBAL

 

Réunion du 19 août 2005.

 

1 - PRÉSENTS

 

Annie Chaissac - Jacques Doucelin - Jean Ducros - Alain Garlopeau - Ambroise Garlopeau - Roland Grelier

Jean-Claude Landouar - Yannick Lange - Philippe Mounier - Monique Pignoux - Jean-François de Rosambo.

 

2 - ORDRE DU JOUR

 

21 - Publication des travaux

Sous forme de livres. Modèle présenté par Yannick Lange. Approbation à l'unanimité.

Estimation du prix de revient à faire par président, trésorier et Annie Chaissac.

Jacques Doucelin élu rédacteur en chef.

 

22 - Répartition des travaux

Tableau PV1 annulé et remplacé par tableau ci-dessous

 

 

J. Ducros

Al. Garlopeau

Am. Garlopeau

R. Grelier

J-C Landouar

Y. Lange

P. Mounier

J.F de Rosambo

R 1

 

 

 

 

 

 

X

 

R 2

 

X

 

 

 

 

 

 

R 4

 

 

X

 

 

 

 

 

R 5

X

 

 

X

X

 

 

 

R 7

 

 

 

 

 

X

 

X

R 10

 

X

 

 

 

 

 

 

 

Remarque :

R 13 : J. Ducros se propose pour recherche et restauration illustrations


 


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15 novembre 2006 3 15 /11 /novembre /2006 15:45

SOCIÉTÉ D' HISTOIRE LOCALE DE DAMVIX

___________________________________________

 

PROCÈS - VERBAL

 

Réunion du 10 juin 2005.

 

1 - PRÉSENTS

 

Jacques Doucelin - Alain Garlopeau - Ambroise Garlopeau - Jean-Claude Landouar - Yannick Lange

Philippe Mounier

 

2 - ORDRE DU JOUR

 

21 - Élection des membres du conseil d'administration

Élection du conseil d'administration réduit provisoirement au bureau prévu par statuts. Élus à l'unanimité des voix :

-              président : Alain Garlopeau

-              trésorier : Yannick Lange

-              secrétaire : Jean-Claude Landouar

 

22 - Axes de recherche

Axes de recherche actuels fixés par président :

R 1                         : démographie ;

R 2                         : maraîchin du 19° siècle ;

R 3                         : louage des fermiers ;

R 4                         : cadastre ;

R 5                         : toponymie, surnoms et sobriquets ;

R 6                         : enseignement ;

R 7                         : édifices religieux ;

R 8                         : principales activités : pêche, chasse, transport par voie d'eau …;

R 9                         : inventaire des commerces de rue de l'industrie ;

R 10       : peuplier dans le marais ;

R 11       : correspondances des soldats de la Grande guerre ;

R 12       : thèse sur le marais poitevin de M. Yannis ;

R 13       : iconographie.

 

23 - Répartition des travaux

 

 

Al. Garlopeau

Am. Garlopeau

J-C Landouar

Y. Lange

P. Mounier

R 1

 

 

 

 

X (à confirmer)

R 2

X

 

 

 

 

R 4

 

X

 

 

 

R 5

 

 

X

 

 

R 7

 

 

 

X

 

R 10

X

 

 

 

 

 

   Outre qu'il s'agissait d'un essai de compatibilité, voici, jour aprés jour les compte rendus des réunions depuis la création de la SHLD. La suite trés bientôt.

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4 novembre 2006 6 04 /11 /novembre /2006 18:19
     Le livre est sorti, ce blog est ouvert!

     La majorité d'entre nous habitons trés prés les uns des autres, et pourtant nous ne nous rencontrons pas souvent. Que dire alors de ceux qui habitent en dehors du village! Il nous a semblé souhaitable d'ouvrir ce lieu, afin que, au moins pour ceux  qui tapotent sur leur clavier, les infos soient plus rapides et plus directes, les idées et les ressentis se collectent, les discussions se nouent ou se poursuivent.
    Le moment est opportun puisque l'attente est terminée: le tome 1  est sorti des presses et figure sur les comptoirs des magasins de Damvix. J'espère que nous pourrons suivre sur ce blog les progrés de la  diffusion de l'ouvrage, ce qui nous importe au plus haut point puisque du succés plus ou moins grand des ventes dépends la suite de nos activités.
    Il serait aussi interéssant d'avoir un reflet de l'acceuil, des éventuelles critiques sur la forme ou le fond.etc... Chacun peut intervenir et apporter à tous, même sur un point particulier.
    Bien sur, chacun peut aussi déposer tout renseignement ou document susceptible de servir à un autre membre dans sa recherche particulière. (Par exemple, Jean-Claude pourrait ouvrir ici un chapitre consacré à l'usage des majuscules et autres particularités dont la méconnaissance a tellement alourdi le travail de correction.)

    Pour ma part, je vais essayer de gérer et d'animer ce blog au mieux, bien que je "tatonne" encore. Pardonnez moi par avance pour les erreurs à venir.

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